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Histoire

Les ordres d’architecture : symbolique, histoire et héritage dans la boiserie

Par Rédaction · 19 octobre 2026 · 5 min de lecture

Esquisse des cinq ordres d'architecture, du toscan au composite : chapiteaux et entablements

Dorique, ionique, corinthien, toscan et composite : ce que disent les colonnes, des temples grecs aux lambris sculptés.

Levez les yeux devant une église, une banque ancienne, un palais de justice ou un salon lambrissé du XVIIIe siècle : vous y verrez presque toujours des colonnes ou des pilastres. Ils ne sont pas, en principe du moins, choisis au hasard !

Depuis l'Antiquité, les architectes disposent d'un vocabulaire précis, les ordres, qui fixe à la fois la forme d'une colonne, ses proportions et l'ornement qui l'accompagne. Choisir un ordre, c'est déjà dire quelque chose.

Qu'est-ce qu'un ordre ?

Un ordre est un ensemble complet : une colonne (base, fût, chapiteau) qui porte un entablement (architrave, frise, corniche). Tout est réglé par des proportions, exprimées en « modules », le plus souvent le diamètre ou le demi-diamètre de la colonne. Plus un ordre est élancé, plus il est jugé délicat.

On en compte traditionnellement cinq. Trois sont grecs : le dorique, l'ionique et le corinthien. Deux sont dits romains : le toscan et le composite.

Le toscan est le plus rustique de tous, le composite le plus riche.

Les trois ordres grecs

Le dorique naît au VIIe siècle avant notre ère dans le Péloponnèse, chez les Doriens. Sa colonne n'a pas de base chez les Grecs, son fût est creusé de cannelures à arêtes vives, son chapiteau se réduit à un coussin (l'échine) et une dalle carrée (l'abaque). Sa frise alterne triglyphes et métopes, souvenir probable des anciennes poutres de bois. Vitruve, l'architecte romain dont le traité nous est parvenu, y voyait « la proportion, la force et la beauté du corps de l'homme ». Le Parthénon d'Athènes et les temples de Paestum en sont les modèles.

L'ionique apparaît au VIe siècle avant notre ère en Ionie, sur la côte de l'actuelle Turquie. Il se reconnaît immédiatement à ses deux volutes en spirale. La colonne, plus fine, repose sur une base moulurée. Pour Vitruve, il incarne « la délicatesse féminine », les volutes évoquant des boucles de cheveux et les cannelures les plis d'une robe. Le temple d'Artémis à Éphèse, l'une des Sept Merveilles du monde, et l'Érechthéion sur l'Acropole sont ioniques.

Le corinthien est le plus tardif des ordres grecs (fin du Ve siècle avant notre ère). Vitruve raconte sa naissance : le sculpteur Callimaque aurait remarqué, sur la tombe d'une jeune Corinthienne, une corbeille d'offrandes autour de laquelle avait poussé une acanthe (en savoir plus sur le symbole de l'acanthe). Les feuilles, recourbées sous la tuile qui fermait le panier, lui auraient inspiré le chapiteau. L'ordre évoque donc « la grâce d'une jeune fille ». Les Grecs l'utilisent avec parcimonie, comme au monument de Lysicrate à Athènes. Ce sont les Romains qui en feront leur ordre de prestige : le Panthéon de Rome, la Maison carrée de Nîmes.

Les deux ordres romains

Le toscan dérive des temples étrusques. C'est un dorique simplifié à l'extrême : fût lisse sans cannelures, base simple, chapiteau nu, frise sans triglyphes. Il est le plus trapu et le plus robuste des cinq.

Le composite est, comme son nom l'indique, un mélange : les volutes de l'ionique posées sur la double couronne d'acanthes du corinthien. Les Romains l'inventent au Ier siècle ; l'arc de Titus à Rome (vers 81) en offre l'un des premiers grands exemples. C'est l'ordre le plus somptueux, celui du triomphe.

Ces deux ordres n'ont reçu leur nom et leur place définitive qu'à la Renaissance.

En 1537, l'Italien Sebastiano Serlio publie pour la première fois les cinq ordres côte à côte, du plus robuste au plus élancé.

En 1562, Vignole en fixe les règles dans un petit manuel qui servira aux architectes, aux sculpteurs et aux menuisiers pendant trois siècles.

Une hiérarchie, et un langage

Dès lors, les ordres forment une échelle : du toscan, sévère et militaire, au composite, triomphal. Serlio va jusqu'à leur attribuer des destinataires.

  • Le toscan convient aux forteresses, aux portes de ville et aux prisons.

  • Le dorique aux églises dédiées au Christ et aux saints guerriers comme saint Pierre, saint Paul ou saint Georges.

  • L'ionique aux saintes « matrones » et aux hommes de savoir.

  • Le corinthien à la Vierge et aux saintes vierges.

Cette hiérarchie se lit aussi en hauteur.

Au Colisée de Rome, déjà, les étages superposent un ordre d'inspiration toscane ou dorique au rez-de-chaussée, puis l'ionique, puis le corinthien : le plus solide porte le plus léger. Les palais de la Renaissance, comme le palais Rucellai de Florence, reprendront ce principe. Il suffit parfois de voir !

Quand l'ordre porte un message

Les architectes ont souvent joué de ce langage.

  • La démocratie athénienne et ses héritiers. Le dorique du Parthénon dit la puissance et la mesure d'Athènes. Aux États-Unis, le Lincoln Memorial (1922) reprend le dorique grec, avec trente-six colonnes pour les trente-six États de l'Union à la mort du président.

  • La gloire et le pouvoir. Napoléon fait élever la Madeleine, à Paris, comme un « temple à la gloire de la Grande Armée », entièrement entouré de colonnes corinthiennes. La façade du Palais-Bourbon, siège de l'Assemblée nationale, lui répond de l'autre côté de la Seine avec le même ordre.

  • Inventer un ordre national. Louis XIV et Colbert rêvent d'un « ordre français » qui égalerait ceux des Anciens. Charles Le Brun en dessine un pour la galerie des Glaces de Versailles : ses chapiteaux mêlent fleurs de lys et coqs gaulois. Un siècle plus tard, l'architecte Latrobe imagine pour le Capitole de Washington des chapiteaux en épis de maïs, comme un ordre « américain ».

  • La solidité rassurante. Au XIXe siècle, banques et bourses se parent de colonnes doriques ou corinthiennes pour dire leur sérieux : le palais Brongniart, ancienne Bourse de Paris, en est un bel exemple.

Et la boiserie dans tout cela ?

Les ordres n'appartiennent pas qu'à la pierre. Dans les lambris des XVIIe et XVIIIe siècles, les menuisiers et sculpteurs reprennent pilastres cannelés, chapiteaux, frises et corniches pour rythmer un salon comme une façade. Les moulures que l'on sculpte encore aujourd'hui (oves, rais-de-cœur, perles, denticules) viennent tout droit des entablements antiques.

Même le mot cimaise en est issu : il désignait à l'origine la moulure qui couronne la corniche d'un ordre, du grec kymation, « petite vague ». Faire une cimaise, c'est donc, sans toujours le savoir, prolonger un vocabulaire vieux de plus de vingt-cinq siècles.

Chez AC Boiseries, nous réalisons aussi des chapiteaux sur mesure : modélisés en 3D d'après votre modèle ou un relevé, puis taillés dans la masse et repris à la main, ils font entrer ce langage antique dans vos boiseries, en bois massif.

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